Maxime Viémont, responsable de la finance comportementale chez Portzamparc, la filiale de BNP Paribas Banque Privée spécialisée dans la Bourse et l’accompagnement des PME, explique quels sont les biais psychologiques qui se manifestent en période de stress et comment les neutraliser.
La volatilité fait partie intégrante des marchés, surtout en période d’incertitude comme c’est le cas actuellement. Elle génère du stress, quel que soit le profil d’investisseur, et met à rude épreuve stratégie, psychologie et discipline. Aujourd’hui encore, les marchés traversent une crise d’une rapidité comparable à celles d’octobre 1987, d’octobre 2008 ou de mars 2020. Dans ce contexte, la finance comportementale est incontournable pour ne pas laisser la psychologie prendre le pas sur la rationalité financière. Il est ainsi essentiel de se rappeler quelques règles d’investissement fondamentales, éprouvées au fil du temps.
Élargir son horizon
La première règle d’or consiste à rester investi. Il s’agit d’un véritable défi émotionnel car lorsque les marchés deviennent turbulents, les émotions de l’investisseur prennent souvent le dessus, activant plusieurs biais cognitifs : le biais de cadrage (l’attention se focalise sur les indices plutôt que sur les fondamentaux des entreprises), le biais de récence (les événements récents prennent le pas sur une vision long terme) et le biais de disponibilité (les médias anxiogènes amplifient les peurs). Face à cette pression, certains investisseurs recherchent du confort psychologique. Ils vendent les bonnes valeurs pour sécuriser des gains, conservent les positions perdantes… et parfois, finissent par capituler. Lorsque le marché redémarre, le portefeuille risque fortement de rester à quai et de ne pas bénéficier de cette dynamique positive.
Diversifier ses positions
Le deuxième principe fondamental à respecter est la diversification. Malheureusement, face à la volatilité, elle est souvent mise de côté. L’investisseur offensif, par excès de confiance, augmente la taille de ses positions et concentre son portefeuille. L’investisseur défensif, sous l’effet du biais de familiarité, recentre ses investissements sur ce qu’il connaît, au détriment de la diversification initialement construite. Dans les deux cas, la volatilité brouille la stratégie de départ. La troisième règle est de rester mobile et d’adapter son portefeuille avec discernement. La capacité d’adaptation est la clé mais là encore, les réactions divergent. L’investisseur offensif peut tomber dans l’overtrading, multipliant les allers-retours inefficaces. L’investisseur défensif, paralysé par le stress et la dissonance cognitive, s’accroche à des informations rassurantes (biais de confirmation) et attend que « l’orage passe », au risque de manquer des opportunités.
Rester mobile
Il est très important d’être conscient de ces différents biais comportementaux pour être capable de les neutraliser et ne pas les laisser brouiller la prise de décision. La volatilité n’est pas l’ennemie de l’investisseur, il peut même en faire une alliée : elle lui permet de tester sa stratégie, révéler ses biais et saisir de nouvelles opportunités. En effet, si l’investisseur estime que la volatilité est devenue psychologiquement intenable, il est temps de réévaluer sa tolérance au risque et d’ajuster son portefeuille. C’est aussi pour lui l’occasion de faire le ménage, en réduisant ou vendant les positions fragiles et en renforçant les valeurs résilientes. Il est également important de songer aux arbitrages intrasectoriels : identifier les gagnants au sein de chaque secteur qui auront donc plus de chance de rebondir en premier. Enfin, il est nécessaire de garder à l’esprit que la peur crée des excès et certaines valeurs seront injustement sanctionnées. Avec une analyse fondamentale rigoureuse, ces baisses peuvent cacher des opportunités à long terme. Ainsi, la volatilité peut même pousser l’investisseur à devenir meilleur en restant investi, diversifié et mobile. Le plus grand danger n’est pas la tempête, mais la perte de cap!
COMMENT NEUTRALISER CERTAINS BIAIS
- Faire du timing, c’est penser pouvoir battre le marché en vendant au plus haut et achetant au plus bas. En réalité, l’investisseur se laisse influencer par ses émotions et fait exactement l’inverse. Pour lutter contre ce biais, il faut construire une stratégie d’investissement pour éviter les prises de décision émotionnelles, investir à petits pas et rester investi (car 40 % de la performance du marché provient des dividendes).
- Le biais de cadrage consiste à investir sur un titre à moyen terme en se basant uniquement sur l’orientation court terme d’un indice. Il convient alors d’observer le comportement des valeurs elles-mêmes et de s’appuyer sur le cadrage relatif d’un titre par rapport à son marché de référence.
- Le biais de familiarité pousse l’investisseur à privilégier uniquement les supports qu’il connaît ou croit connaître. Pour le neutraliser, il est conseillé de constituer un portefeuille de 20 à 25 valeurs diversifiées sectoriellement et géographiquement et d’introduire une part d’ETF.
- Le biais de confirmation entraîne l’investisseur à rechercher systématiquement des informations consonantes quand une mauvaise nouvelle touche un titre de son portefeuille. Il doit s’imposer de lire des avis contraires pour pondérer sa décision et savoir vendre ou alléger les positions concernées si nécessaire.
- L’aversion aux pertes (ressentir plus de douleur à perdre que de plaisir à gagner) et l’aversion aux regrets (l’effet d’une décision potentiellement mauvaise est perçu plus négativement que le préjudice potentiel engendré par l’absence d’action) peuvent être neutralisées en se focalisant sur les perspectives de l’entreprise (qui représentent le futur) et non pas sur le prix d’achat (lire encadré sur Eclairys)
ECLAIRYS, L’APPLICATION MOBILE QUI SCORE LES TITRES BOURSIERS
Une bonne partie des biais psychologiques qui affectent le comportement de l’investisseur est due au fait que ce dernier se focalise plus souvent sur le prix d’achat au détriment d’une vue plus globale des perspectives des entreprises. Développée par Portzamparc, l’application Eclairys est un outil d’accompagnement des investisseurs privés dans la gestion de leurs portefeuilles boursiers, avec des indicateurs pour comparer rapidement et facilement des valeurs entre elles ainsi que des fonctionnalités facilitant le suivi des portefeuilles. Elle permet aussi d’intégrer la dimension durable des entreprises dans le choix des valeurs, de bénéficier d’actualités et d’informations financières, de visualiser des vidéos pédagogiques et d’appliquer de manière concrète les enseignements de la finance comportementale. Concrètement, près de 2 000 valeurs européennes et américaines sont notées, avec un score qui évolue de 0 à 100. Plus la note est élevée, plus le comportement boursier du titre est attractif. L’investisseur visualise son portefeuille sous un nouveau jour, c’est-à-dire sans les prix d’achat et sans les plus-values latentes.
Source : Lettre Gestion de Fortune - Juillet 2025

